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Technopoles et clusters agricoles dynamisent les territoires ruraux

Le cluster plantes rassemble des initiatives avec l’amont de l’agriculture. © © Hervé Cochard - Inra

Le numérique, les nouvelles technologies, le digital, tout pousse à reconsidérer les manières de faire en agriculture. Les territoires ruraux accompagnent ces innovations. Reportage et exemples à Nérac, petite ville de 7000 habitants, ancrée dans les terres agricoles du Lot et Garonne, qui prouve, d’années en année, que campagne et modernité ne sont pas antinomiques.

 

En novembre, l’ancien fait place aux nouvelles technologies

 

Dans le pays de la famille d'Albret et dans la commune de Nérac, en plein Lot-et-Garonne, on a déjà vu défiler de belles et prestigieuses choses : une cour royale avec Henri IV, Jeanne d'Albret bien évidemment (nièce de François Ier et mère du bon roi Henri), la reine Margot mais aussi, pêle-mêle, Armand Fallières (président de la République juste avant la première guerre mondiale), l'hôtel des présidents qui vit passer Louis XIV sur le chemin de son mariage, Sully (qui y vécut vers 1580) et bien d'autres...

 

En ce début de XXIe siècle, ce sont plutôt les initiatives en rapport avec l'amont de l'agriculture qui défilent et qui s'installent à Nérac : cluster (agrégats de structures entrepreneuriales, laboratoires... qui travaillent autour d'un thème commun) plantes en 2012, cluster machinisme en 2013, concours Agrinove (la structure qui gère ces projets au sein d'une société d'économie mixte et soutenue notamment par la région et le département) en 2014 et depuis l'an passé, une journée baptisée Agrinovembre pour faire le point, confronter les idées et faciliter les échanges entre porteurs de projets et institutions diverses. Au menu : d'abord une présentation d'Agrinove et des clusters puis un compte rendu des activités sous forme de présentations par des porteurs de projets et des partenaires travaillant avec Agrinove.

"Nous avons voulu créer une technopole autour des activités amont de l'agriculture sur une terre, la région de l'Albret, où l'agriculture a été dynamique avec le melon et la fraise et l'est encore de nos jours avec notamment des activités semences. C'est une course de fond que nous avons entamé avec notamment ce cluster de protection des plantes par les plantes et ce cluster machinisme qui aura pour la première fois un stand sur le salon Vinitech en décembre" lance, en guise d'introduction à cette journée, Louis Uminski, président d'Agrinove et ancien directeur de la chambre d'agriculture du Lot-et-Garonne.

En 2016, le cluster plantes a terminé sa phase d'expérimentation de terrain et va pouvoir se lancer à fond dans sa mission initiale, à savoir mettre au point des produits phytosanitaires naturels pour protéger les plantes et trouver des alternatives écologiques aux produits chimiques. Il compte aujourd'hui sept entreprises, trois centres de recherche et d'expérimentation, un établissement d'enseignement agricole et une collectivité. Quant à celui dédié au machinisme, s'il comptait douze entreprises au démarrage, il est fort de 26 sociétés en 2016 plus quatre bureaux d'études, une école supérieure, un centre d'expérimentation et une collectivité.

 

Un échange avec les porteurs de projets en agriculture

 

Hubert Cazalis, directeur d'Agrinove, a d'abord rappelé l'esprit des tables rondes : "Nous ne sommes pas dans l'idéologie l'envie de délivrer des dogmes. Les projets présentés permettent surtout et avant tout de confronter les idées, de s'interroger sur des améliorations de pratiques et d'échanger sur ce que l'on peut faire". C'est la thématique des pratiques, justement, qui a inauguré la journée sous le titre : "L'intelligence agronomique par les pratiques". Denis Vicentini, de la société Comin Insustrie, a commencé par rappeler que les phénomènes d'érosion de sols et de sols emportés suite à des intempéries fortes ne sont pas nouveaux puisqu'on en constatait déjà dans les années 1930 outre-Atlantique. "Le travail du sol toujours plus en profondeur est en grande partie responsable de ces phénomènes. Il faut donc laisser le sol tranquille et l'observer vivre. Il est essentiel de comprendre le rôle de l'humus, carburant de la fertilisation. Les couverts végétaux permettent de nourrir les sols" explique-t-il ensuite. Il a mené plusieurs expérimentations (maïs directement dans le couvert, colza et chaume de maïs, trèfle et tournesol avant récolte et a surtout mis au point une machine baptisée Roll'n'Sem qui, équipée de rouleaux, permet de pincer les plantes dont on veut ralentir la croissance. Ceci favorise la croissance de la culture souhaitée. Pour conclure, il cite l'exemple d'une culture de quinze ans de maïs en semis sous couverts végétaux, en conventionnel sans fongicide : les maïs atteignent 4 mètres de haut.

Jean-Jacques Pommier, du centre de recherche et d'expérimentation Invenio, a ensuite présenté des résultats de tests (macro-organismes contre thrips) concernant l'utilisation des produits de biocontrôle sur fraisier en substitution à des produits chimiques, non sans avoir rappelé la réglementation et les définitions dans ce domaine au préalable. Évelyne Leterme, du Conservatoire végétal régional de Montesquieu (Lot-et-Garonne) lui a succédé à la tribune pour expliquer des résultats de terrain d'utilisation de produits naturels au verger (bois raméal fragmenté, association de plantes et produits issus de fermentations lactiques.

 

Drones, automates, laser…

 

L'entreprise Souslikoff a ensuite pris le relais en présentant une machine qui permet un désherbage léger et au départ conçu pour la vigne. Elle intègre un automate gérant automatiquement la profondeur et utilise un mécanisme à base d'air comprimé plutôt que d'huile. En travaillant avec Invenio, l'entreprise a transposé ce principe à une solution pour les vergers de pommes. Et, cerise sur le gâteau, les travaux effectués pour les pommiers ont permis un nouveau retour d'expérience transposable à la vigne avec la gestion pilotée de 4 porte-outils. De son côté, Xavier Cassassolles, de DiiMotion, a présenté Piix, une nouvelle technologie d'injection directe pour la pulvérisation qui permet de doser très finement et avec une grande précision un produit et qui optimise le temps lorsqu'on change de produit. De plus, cette technologie évite le transport sur route d'une bouillie déjà préparée.

Dernière thématique de l'après-midi, les nouvelles technologies ! Là aussi, le premier intervenant, Damien Delattre de Vu2Drone, a rappelé la réglementation sur ce qu'était un drone avant de préciser qu'en 2012, il existait environ 90 opérateurs en France alors qu'on en compte 2600 en 2016. Pour lui, "les drones sont intéressants non pas parce que ce sont des drones mais parce qu'ils permettent des applications : audiovisuel, topographie, inspection d'ouvrages, agriculture, tout est possible, il suffit d'y associer le bon capteur : photo, vidéo, caméra thermique, multispectral, infrarouge..." Et c'est ce que propose Vu2Drone : associer les bonnes technologies au bon drone. Exemple : réaliser une cartographie d'un champ, puis réaliser une orthomosaïque, traiter l'image (par exemple pour détecter du datura) avant de livrer un rapport de lecture des images à l'exploitant. Il travaille aussi sur des questions de modélisation 3D pour une étude de nivellement, une cartographie NDVI comme support pour un conseil en fertilisation azotée... La journée s'est achevée par la présentation de François Feugier de la société Green Shield Technology. Ici, il est question d'un module de détection/destruction de pestes (animale ou végétale) en utilisant la technologie laser. Les analyses permettent aussi de faire de la cartographie des populations, de déterminer des modèles de dynamique de ces populations et de déterminer des tendances d'évolution.


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