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Champion pur terroir

© Quino Al / Shutterstock

Le sport mondialisé et médiatisé se joue désormais des grandes villes. Mais il ne faut pas oublier qu’au commencement, il y a les concours de villages et les robustes laboureurs.

Depuis 1937, le quotidien L’Équipe établit son classement des villes les plus sportives de France. De Reims pour la première édition, en passant par Tours ou Gap dernièrement, le challenge récompense les efforts des villes en matière de politique sportive, prenant en compte la population, le nombre de licenciés, les installations sportives... et bien sûr, les résultats. Et de ce point de vue-là, les territoires ruraux n’ont pas à rougir. Jugez plutôt.

Qui est le coureur le plus populaire de l’histoire du Tour ? Poulidor bien sûr, l’éternel second et son bon sens qu’il qualifie lui-même de « paysan ».Avant que le XV de France affronte les All Blacks en finale de la coupe du monde 2011, qu’est-ce qu’il y avait ? Le rugby de clocher bien sûr, avec ses mêlées et sa fameuse première ligne de piliers, poste traditionnellement tenu par les paysans. Quel est le meilleur lm jamais réalisé sur le foot ? Coup de tête, de Jean-Jacques Annaud, avec dans le rôle phare le génial Patrick Dewaere, et François Perrin, ailier droit dans l’équipe de football de la petite ville de Trincamp, dont le nom est largement inspiré du club de Guingamp et le parcours en coupe de France de l’AJ Auxerre. Guy Roux, légendaire coach à bonnet de cette équipe partie des divisions du football amateur, servira même de conseiller technique au réalisateur de La Guerre du feu ou L’ours.Au commencement de cette folie du running, avec ces près de dix millions de Français qui déclarent le pratiquer et aiment à collectionner les marathons des grandes villes avec leurs montres connectées et leurs baskets fluo, que trouve-t-on ? Ces courses de village où le départ est donné par monsieur le maire avec son fusil de chasse et où le vainqueur remporte un jambon à l’os.

Enfin, bien avant les sports modernes, les premiers des sports un peu partout dans le monde, n’étaient-ils pas ces fameux concours de villages où il s’agissait d’élire l’homme le plus fort ? Au menu, des épreuves tirées des travaux des champs et de la ferme : lever de ballots de paille à la fourche, parcours avec des pichets de lait, coupe du bois, lever de charrette... Il convenait de réparer cette injustice qui fait des villages de France les parents pauvres des hommages du sport français en donnant la parole à quatre champions modernes issus du terroir français. C’est désormais chose faite.

 

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« Je fais moi-même mon foie gras »

Céline Dumerc est meneuse de l’équipe Basket Landes et ancienne star de l’équipe de France.

 

. Quels souvenirs gardez-vous de la campagne, enfant ?

Les séjours dans le villagede mes grands-parents, à Pierre tte-Nestalas dans les Hautes-Pyrénées. J’achetais le lait chez la laitière et les œufs sortaient du cul de la poule. On tuait le cochon dans ma famille pour en faire des boudins et des saucisses... Mais quand tu es petite, tu trouves surtout que ça pue.

. Quel mets particulierdu terroir du Sud-Ouestest votre préféré ?

Le foie gras ! Je le fais moi-même, comme ma mère. On achète le foie frais au marché. Par chez nous, ce serait un crime de ne pas le faire maison.

. Vous faites goûter les spécialités du terroir français à vos coéquipières étrangères ?

Oui, mais elles souvent réticentes au pâté ou au foie gras, et pas trop fans à l’arrivée. Pareil avec les fromages qui puent ou les bleus. J’ai une seule exception qui con rme la règle : on a une Canadienne à Mont- de-Marsan, elle est arrivéeil y a longtemps et elle mange comme nous désormais.

. J’imagine cependantque ce sont des produitsque les diététiciens du sportne conseillent pas trop, si ?

Moi, j’ai de la chance car dans le basket, le rapport au poids n’est pas primordial. Même si les produits ne sont pas légers, je peux les manger si je le fais de manière raisonnable. Pareil, on a quelquefois droit à un verre de vin. Je ne m’y suis mise que très récemment, depuis deux ans. Avant je n’appréciais pas. J’ai eu le déclic avec un saint-estèphe. Je me suis dit :« Ce n’est pas mauvais ce truc- là ». Au départ, c’est le tanin qui me dérangeait, donc j’aime plutôt les vins légers.

. À l’époque où vous étiez une jeune basketteuse,vous avez le souvenir d’avoir fait des représentations pour des sponsors un peu terroir, comme la coopérative locale ou autre ?

Je joue à Mont-de-Marsan et, encore aujourd’hui, on a des sponsors comme Delpeyrat ou le domaine de Marquestau, qui fait dans l’armagnac. Donc je peux te dire que faire des représentations pour eux, j’adore ça!

 

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« J’ai onze chèvres, neuf moutons, deux ânes… »

Thibaut Pinot est cycliste professionnel chez Groupama-FDJ et meilleure chance française pour le Tour.

 

. Quel est votre rapport à la campagne ?

J’habite la campagne profonde, dans une maison entourée d’animaux. C’est là que je me sens bien. Là aussi que mes arrière-grands-parents, qui étaient agriculteurs, cultivaientla terre, avaient des vaches et de la volaille. J’ai moi-même onze chèvres, neuf moutons, deux poules, deux ânes, deux chats. Je suis même inscrit à la MSA, la sécurité sociale des agriculteurs.

. Vous élevez des animaux pour les vendre, les manger ?

Absolument pas. Quand il y a des petits, j’ai même du malà les donner ou les vendre. Et si je suis obligé, je m’assure que les personnes ne me les achètent pas pour les tuer. La famille s’agrandit tellement vite que j’ai dû acheter un tracteur récemment pour pouvoir transporter les grosses bottesde foin rondes. Une par jour quand même.

. Votre coéquipier Arthur Vichot dit que vous préférez leur compagnie à celle des hommes. C’est vrai ?

Les animaux sont fidèles. J’ai élevé certaines de mes brebis comme des chiens. Le matin quand je vais les nourrir à 7 heures, elles me font la fête et me mettent de bonne humeur.

. Comment vous faites pour concilier la vie d’athlèteet celle d’éleveur ?Quand je suis sur le Tour de France, je les dépose chez mes parents. Et je les appelle chaque jour pour savoir comment tout le monde se porte.

. Vous assouvissez votre passion pour les animaux en vous rendant à des foires ?

Bien sûr ! J’en fais pas mal dans le coin et je suis allé plusieurs fois au Salon de l’agriculture à Paris. J’aime bien l’ambiance, regarder tous les animaux et goûter les produits du terroir de chaque région. La dégustation qui m’a le plus marquée, c’est celle d’un maroilles. Le goût m’a choqué. Vous savez, moi je viens de la région du Comté.

 

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« La campagne, c’est d’abord un sentiment »

Yannick Jauzion est ancien international français de rugby devenu président de Ginseng France.

 

. Quel est votre rapport à la campagne, vous le fils de fermiers ?

J’ai été éduqué dans un milieu agricole. J’ai même suivi des études en école d’ingénieur agronome à Toulouse. Et aujourd’hui, je gère unesociété qui cultive le ginseng, cette plante médicinale millénaire, que je prenais étant joueur, car ça améliorait mes performances. La campagne, c’est d’abord un sentiment, celui de la liberté. On peut jouer partout sans surveillance, gambader, faire du tracteur.J’ai également toujours mangé des produits dont je connaissais la provenance. La qualitéde vie en pleine natureest irremplaçable.

. Et vos enfants, vous les sensibilisez à tout ça ?

 Naturellement. Il y a les week-ends ou les vacances chez les grands-parents et puis ils sont déjà sensibilisés à l’école dans leur mode de consommation. J’ai vu que dans leurs livres, on parle beaucoup de culture bio.

. Vos parents sont toujoursà la tête de la ferme ? Ils l’ont fait passer en bio ?

Le lait qu’on vend n’est pas bio, même si mon père a toujours gardé les mêmes méthodes ancestrales, car pour l’être, il faudrait surtout que les béliers montent naturellement les brebis, et qu’on insémine pas artificiellement comme on fait. Mes parents sont toujours là et commercialisent leur lait pour la production de roquefort. Il est envoyé dansles caves Roquefort en roches naturelles et a né là-bas. C’est la spécificité. Vous pouvez appliquer globalement la même recette et faire du fromage avec notre lait de brebis chez vous, mais ça ne s’appellera pasdu roquefort. Ce sera du bleu. On a un troupeau de 300 brebis. Pour vous donner un ordre d’idée, une vache égale sept brebis. Donc c’est l’équivalent d’une quarantaine de vaches.

. Vous en aviez des préférées, petit ?

Mon père essaie toujours de garder une brebis noire dans le troupeau.

 

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« Ma préférence, c’est le couac »

Lucie Décosse est ancienne championne olympique de judo devenue coach de l’équipe de France féminine.

 

. Quel est votre rapport à la campagne ?

Pour moi et mes sœurs, qui habitions dans un appartement de banlieue dans le Val-d’Oise, la campagne, c’était le petit village de mes grands-parents paternels en Haute-Marne. Ils avaient une maison, avec un jardin qui nous paraissait être un terrain immense et quelques arbres qui nous donnaient l’impression d’être dans une forêt.On y allait pour les vacances de n d’année, donc pour nous, c’était la maison où le père Noël passait parcequ’il y avait des sapins dans le jardin.

. Votre maman est originaire de la Guyane.Quels sont les produits régionaux du terroir guyanais que vous préférez ?

Le couac. C’est de la farine fabriquée à partir de manioc épluché, macéré et séché. Ça sert de base de nourriture, on le mange avec de la viande, du poisson,des haricots rouges. Dès que je vais là-bas, j’en ramène. D’ailleurs mes grands-parents et arrière-grands-parents maternels avait un abattis (NDLR : petite clairière agricole entourée de branchages) où ils faisaient pousserleurs légumes, leurs fruits, des bananes, du manioc... C’était un terrain où tu allais le week-end pour t’occuper de ce que tu avais planté.

. Vos parents ont toujours ce terrain ?

Non, mais ils ont une maison en Guyane dans la petite ville de Matoury. Ma maman a planté des manguiers,des bananiers, des ananas, de la papaye, une variété de concombre piquant... Autant vous dire que tous les fruits et légumes que nous mangeons sont maison. Et ils ont un goût... L’ananas du jardin a mille fois plus de saveur que l’ananas que j’achète dans mon supermarché à iais.

Il y a un produit que je n’achète plus du tout, c’est la tomate. Car vraiment, j’ai l’impression que ce n’est que de l’eau, comparé à celles que je mange en Guyane. Rien qu’à l’œil, on note qu’elles sont différentes. Là-bas, elles ne sont pas toutes rouges ni toutes dures.


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